13 mars 2013

Candidature spontanée à la Papauté

Chers cardinaux,

Je souhaite, par le biais de cette lettre, aider l'orientation de votre choix en ce présent conclave, en vous soumettant ma candidature spontanée à la papauté.

QUALIFICATIONS


Je parle couramment le latin («Vade retro, satanas», «Ave Maria», «A capella»). Je suis vieux, très vieux.  Je suis avide de spiritualité pouvoir.  J'aime porter des longues robes, ça aère le bazar intouchable là-dessous.  Une congrégation de bonnes soeurs me suit dans tous mes déplacements.  J'ai trois enfants illégitimes (oui bon, on dit naturels maintenant) dans deux différents pays, ce qui me donne une carrure internationale.  J'ai caché plus d'une vingtaine d'accusations d'attouchements sur mineures dont des pères et des frères de ma paroisse faisaient l'objet.  J'affectionne, moi même, passer mes mains dans les cheveux des petits garçons sortant du confessionnal et je les invite à passer l'après-midi chez moi.  Aussi, j'ai toujours aimé embrasser le sol, c'est inné, ça me passionne, c'est plus fort que moi.  Au fil des années, je suis parvenu à réaliser l'exploit d'endormir des centaines de milliers de bons et loyaux catholiques, et ce, tous les dimanches matins.

POSITIONS


Conscient de l'importance que l'église accorde au respect de ses valeurs fondamentales, je tiens à vous rassurer, elles seront bien représentées en ma pontification.

Je suis tellement contre la contraception que je militerai pour la propagation du VIH-SIDA.  Je me rendrai dans des pays où le SIDA fait des ravages pour dire que la capote enverra ceux qui l'utilisent en enfer alors que le SIDA les enverra au paradis. « Ainsi, les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers »

Je suis imprégné de valeurs patriarcales.  L'église et le pouvoir, c'est une histoire de mecs.  Cela a toujours été ainsi et je veillerai à ce que la situation ne bouge pas d'un poil.  La femme est l'égale du paillasson de l'homme, c'est mon motto.

Dans la tradition léguée par Benoît XVI, je me ferai un devoir de créer des dissensions entre l'église catholique et d'autres religions ou des maîtres spirituels.  Je suis convaincu que le prophète Mahomet ne dit que des choses inhumaines et méchantes, c'est la bonne mauvaise nouvelle que j'annoncerai lors de tous mes discours papaux.  Je clamerai haut et fort mon soutien aux négationnistes.  Et je cèderai aux pressions du pouvoir, préférant de loin resté ami-ami avec la Chine, à recevoir un sale petit rival pacifiste tel que la Dalaï Lama.

PROPOSITIONS


L'histoire aura hélas montré que la religion a toujours tort.  Il a bien fallu que l'église finisse par reconnaître que l'esclavage est mal, que brûler des personnes vivantes n'était pas très sympa non plus, par exemple. Il est donc important que le pape que vous élirez, c'est-à-dire moi, prenne la mesure de ses responsabilités face à un monde dont les moeurs ne cessent d'évoluer.  Dans ce contexte, je propose donc deux mesures progressistes, qui restent néanmoins fidèles aux très chères valeurs de notre bonne vieille église.

Oui à l'avortement
...pour les bonnes soeurs

Que ce soit bien clair : l'avortement pour les autres, c'est mal, c'est maléfique, c'est impardonnable.  ! Mais messieurs les cardinaux, vous savez tout aussi bien que moi qu'il est commun qu'une bonne soeur s'égare dans les couloirs le soir et atterri, par mégarde, dans la chambre d'un frère ou d'un prêtre.  Il n'est pas juste, pour autant, qu'elle ait à porter un foetus morveux, qu'elle soit renvoyée ou pire, qu'elle se  fasse excommunier par la suite.  Cela est si courant et si innocent que je pense qu'il est grand temps que le Vatican se penche sur l'autorisation à l'avortement pour les nonnes.


Mariage des prêtres 
...mais entre eux

C'est une question qui devient de plus en plus pressante.  Le mariage des prêtres est une évidence face à laquelle Rome devra, un jour ou l'autre, céder.  Pour éviter une débandade à la Sodome et Gomorrhe, je propose que nous prenions les devants en autorisant le mariage des prêtres, à condition que cela soit entre eux uniquement.  C'est la solution idéale, croyez-moi.  Il n'y aura plus à craindre la moindre perversité dans les pratiques de nos prêtres (pédophilie, attouchements, recours à des prostitués etc) puisqu'ils seront comblés.  Qui plus est, c'est sûr qu'avec deux prêtres, ce qui se passera dans leur chambre ne pourra qu'être très très catholique !

--

Sur ce, messieurs les cardinaux, je vous remercie de l'attention accordée à cette lettre qui, j'en suis sûr, ne finira pas brûlée avec du colorant à fumigène rien que pour annoncer la couleur des votes au sein de la Chapelle Sixtine.

Dans l'attente d'une fumée blanche et d'une batmobile papamobile à ma porte,

Cardinalement vôtre,
Le candidat idéal à la papauté MMXIII