05 juillet 2012

Notre paradis intouchable

Humeur

Azuri, un nom qui apaise, qui fait rêver et qui m'interpelle aujourd'hui. Azuri, c'est le nom du projet de village maritime intégré au nord ouest de l’île. La première pierre a été posée avant hier et le chantier est bien parti pour avancer en temps et en heure. 

Pas moins de 170 hectares de terres ont été réquisitionnés pour ce projet. Des hectares sur lesquelles pousseront des résidences de luxe IRS ou plutôt de « l’immobilier de prestige » - comme on peut le lire sur le site web du projet Azuri - pour 169 copropriétaires internationaux. 

Mais Azuri aura aussi 109 résidences haut de gamme pour une certaine clientèle mauricienne, un prestigieux hôtel cinq étoiles, des écoles « de grande qualité », des commerces, des restaurants, une rivière, un front de mer et même un bout de forêt. 

Bref, Azuri, vous l’aurez compris, représente le charme et le luxe absolu, à la mauricienne, comme les touristes le voient sur des cartes postales. Et comme nous aussi ne le verrons peut-être que sur des cartes postales…

Quand le mauricien essaie d’aller à la plage le week-end, il se rend vite compte qu’elles sont presque toutes privatisées par les hôtels, pour les touristes. C’est pareil ou même pire pour les îlots qui nous entourent. Quand il trouve un petit bout de lagon accessible, l'eau est polluée par l’essence des bateaux proposant des excursions aux touristes.

On dirait que le mauricien n’est plus censé profiter directement du cadre idyllique qui l’entoure. Et à ce rythme là, j’ai l’impression qu’on nous demandera bientôt de payer pour pik enn tet dans le lagon mauricien !

Il ne nous restera alors plus que nos appartements de luxe à nous : les NHDC, pieds dans la boue avec vue sur d’autres appartements identiques. Ou encore les villages intégrés improvisés pour mauriciens, construits avec de la tôle et du bois sur des terrains marécageux. Et puis un jour, si on arrive à avoir un peu de sous, on s’offrira des vacances dans une grande ville européenne ultra stressante et ultra polluée.

Le constat est sans appel : le mauricien est bel et bien devenu prisonnier du secteur touristique. On a le droit de regarder mais on ne touche pas, on n’en profite pas. Notre paradis nous est devenu intouchable !