02 décembre 2011

WORLD AIDS DAY - Sensibiliser sans stigmatiser

Depuis les années 80, les campagnes de communication à travers les médias de masse ont joué un rôle prépondérant dans la lutte contre le SIDA. Elles continuent à le faire puisque le sujet reste d'actualité. Et ce, bien que le juste ton entre la prévention et la déstigmatisation semble être difficile à trouver.

Dès leurs débuts, les campagnes publicitaires dans la lutte contre le SIDA se voulaient très efficaces. Il s'agissait d'ignorer les tabous à tout prix, d'aller droit au but, de « play safe – learn the facts ». Ainsi, dans les années 84-86, on retrouve en Amérique comme en Europe des affiches informant des moyens de transmission du HTLV-III (Human T-Lymphotropic Virus type III) – qu'on appellera plus tard le VIH (Virus de l'Immunodéficience Humaine). En 1985 a lieu la première conférence internationale sur le SIDA. Elle se tient aux États-Unis, à Atlanta. L'appel à la population mondiale est aussi clair que ciblé : il ne faut pas se partager les seringues ou avoir des rapports sexuels non protégés. Pas d'effets visuels ou graphiques sur les affiches, la communication se veut informative et très dynamique. Il faut faire comprendre ce qu'est cette maladie.

Au même moment, parce qu'on ne la comprend pas justement, les premières stigmatisations voient le jour ; elles sont fortes et violentes. Le SIDA est perçu comme la maladie des toxicomanes, des prostituées et des homosexuels ; on lui attribuera même le nom de « gay cancer ». Avec de tels préjugés dès le départ, la discrimination et la haine envers les séropositifs s’inscrivent dans les mœurs.

L'exercice de communication complexe autour du SIDA est enclenché et ne s'arrêtera pas de sitôt. Et l'emballement du début autour de cette nouvelle maladie laisse place à une organisation assidue à travers le monde ; on comprend que ce virus risque d'affecter notre existence encore longtemps. La Journée mondiale de la lutte contre le SIDA est suivie pour la première fois, sous la houlette de l'Organisation mondiale de la santé, en 1988. Les campagnes se multiplient rapidement au fil des années. Il devient impératif d'être percutant, quitte à choquer.

En Afrique du Sud, la campagne « Do you have a death wish ? » du South African Government EQUITY Project a beaucoup marqué les esprits dans les années 80. Sidaction, en France, est également à l'origine de plusieurs campagnes à gros impact visuel. Il y a notamment eu le sablier humain pour illustrer le fait qu'à chaque dix secondes, quelqu'un meurt du SIDA. Ces campagnes avaient tant un but préventif que l'objectif de recueillir des fonds pour l'assistance aux malades du SIDA d'une part et pour la recherche médicale d'autre part.

Si elles semblent atteindre leurs objectifs, ces campagnes n'aident pourtant pas les autres, faites en parallèle, pour lutter contre la discrimination subie par les séropositifs. Car même si la population mondiale intègre petit à petit le fait que le SIDA peut toucher tout le monde mais sans pour autant se propager comme un rhume, on l'associe presque toujours à la mort. Le séropositif est donc généralement perçu comme un individu en fin de vie. A force d'opposer le préservatif à la mort, on a contribué à consolider l'association du SIDA à la mort. Cela explique qu'on ait encore du mal à assimiler le fait que quelqu'un puisse vivre avec le SIDA.L'environnement familial, amical et surtout celui du travail gèrent très mal l'idée d'avoir un séropositif parmi eux.

Aujourd'hui, c'est en ce sens que doit évoluer la communication autour du SIDA. Une alternative a pu être vue sur les billboards américains cette année, par exemple. Le préservatif est opposé à des pilules cette fois. La trithérapie ayant fait son entrée dans le champ lexical du SIDA depuis quelques années, on sait combien elle est lourde. Et la campagne ne perd pas en efficacité. Le message reste le même : inciter la population à se protéger lors de rapports sexuels. La seule différence, qui n'est pas des moindres, est que cette fois, cela n'est pas fait au détriment de l'image des séropositifs.

En trente ans d'existence, la communication autour du VIH / SIDA n'a eu de cesse d'évoluer. Les campagnes de sensibilisation et celles contre la stigmatisation n’étaient pas harmonisées. Les ajustements et « fine-tunings » se poursuivent afin de s’orienter vers un message universel, qui puisse être entendu par tous les pays, toutes les cultures et peut-être un jour par toutes les religions.

Il ne faut pas se départir de l'essentiel : le SIDA continue ses ravages – quelque 6 000 morts par jour – et la majorité des Mauriciens, par exemple, n'a jamais fait de test de dépistage du SIDA ; d'où la pertinence du choix de thème de PILS en cette journée : « Eski to sir ? Fer enn test ! »

-  Publié sur la page Forum du quotidien Le Mauricien - 01 Décembre 2011 - http://www.lemauricien.com/article/lutte-contre-sida-sensibiliser-sans-stigmatiser