27 septembre 2011

Emprisonne-moi si tu peux…

Chatouiller les portes de la prison est devenu le nouvel exercice auquel se sont mis les politiciens ayant vraisemblablement épuisé les cartes des alliances, des sempiternelles démagogies, des dénonciations et des révélations choc, dans le but de séduire le public. Paul Bérenger et Pravind Jugnauth en ont fait un show ; mais qui s’y frotte s’y pique et depuis lundi, la tension est montée d’un cran.

Des oublis et des ailes

Paul Bérenger a, tout d’abord, établi une solution « win – win » face à sa convocation par le CCID suite à la plainte qu’a logée Navin Ramgoolam. Il refuse de se rendre au CCID, mais en même temps, se prépare à faire un gros coup de son éventuelle arrestation. Le leader de l’opposition refuse, en se faisant, d’accomplir son devoir citoyen et de répondre de ses actes devant la loi alors qu’il a sérieusement impliqué quelqu’un dans ce qu’il avait lui-même appelé le « scandale du siècle » auparavant. La raison évoquée : les enquêteurs de l’ICAC se sont rendus auprès des ministres Rashid Beebeejaun et Rajesh Jeetah au cours de leur enquête mais lui, doit faire le déplacement.

Sauf amnésie volontaire, on se souvient tous que l’ICAC avait rendu une visite au domicile de Paul Bérenger lors de son enquête à ce même sujet. Et sauf dyslexie volontaire, on fera tous la différence entre ICAC et CCID, d’où les différences dans les méthodes d’enquête.

L’ICAC est – même si selon certains, ce n’est que de nom – indépendante alors que le CCID répond aux ordres de nul autre que celui qui a porté plainte pour publication de fausse nouvelle, le ministre de l’intérieur, Navin Ramgoolam.

Ce dernier occupant son poste loin des regards, le leader des mauves est arrivé à maintenir sa position de « win – win » et faire monter la mayonnaise en évoquant une injustice dont il serait victime mais en reconnaissant un possible excès de zèle aux Line Barracks. Et alors que le Dr Zouberr Joomaye se retrouve inculpé provisoirement de complot pour déstabiliser le gouvernement, la direction que l’enquête semble prendre se définit. Showkutally Soodhun et Paul Bérenger devraient probablement répondre de cette même charge. Il s’agira pour le leader des mauves de faire ce qu’il a essayé d’éviter, c’est-à-dire, justifier ses propos. Arrivera-t-il à le faire avant de dénoncer une tentative du premier ministre de faire taire les détracteurs ?

Pravind Jugnauth, lui, ayant appris des erreurs de l’icacophobe Maya Hanoomanjee, avance-t-on, adopte une position qui se situe plus dans l’assurance et la provocation. Il avait clairement dit qu’il se rendrait à son « rendez-vous » à l’ICAC et y est allé fortement escorté de scandeurs.

Et encore une fois, sauf amnésie volontaire, on se souvient tous qu’il y a quelques semaines, le leader du MSM était sur les bancs de la majorité, aux côtés du Parti travailliste, tantôt à esquiver, tantôt à se défendre face aux piques de l’opposition. Il ne lui aura, cependant, suffi que de quelques jours pour retourner son costard et enfiler la veste de victime de l’opposition.

Paul Bérenger comme Pravind Jugnauth se sont mis dans une situation de climax. Ils ont de quoi craindre l’anticlimax. Les partisans redoutent que les foudres du gouvernement s’abattent injustement sur leurs leaders pendant que ces mêmes leaders semblent attendre ce moment avec impatience, histoire de montrer qu’eux aussi, ne sont que des victimes du gouvernement en place.

Injustice mise en scène

Les oublis leur donne des ailes et c’est donc avec une mise en scène populaire que ces messieurs essaient tour à tour de personnifier le dégoût ressenti par tous face à une certaine injustice sociale.
En mettant en scène une injustice et en suppliant presque de se faire arrêter, ils jouent avec le feu, titillent les barreaux et défient les forces de l’ordre – et Navin Ramgoolam – de les rendre populaires. Qui saura faire un meilleur usage de ses cartes ? Le ministre de l’intérieur contribuera-t-il à leur permettre une ascension dans l’estime de la population en maintenant ainsi la pression ?

En tout cas, quand on implique un individu dans un scandale à millions, il faut répondre de ses actes, prouver ce que l’on avance ; quand des millions quittent les fonds publics d’une manière louche pour rejoindre les poches de ses proches alors qu’on dirige les finances, il faut aussi répondre de ses actes, prouver son intégrité.

Et tant qu’ils essaieront de noyer le poisson en se faisant victimes et essayant de se faire martyres, ils n’auront aucune crédibilité pour pointer du doigt les fautes d’autrui. Et tout cela ne sera qu’un nouveau jeu de cartes pour politiciens en manque de pouvoir qui souhaitent rassembler – certains préféreront dire berner.

-  Publié sur la page Forum du quotidien Le Mauricien - 27 Septembre 2011 - http://www.lemauricien.com/article/politique-admirable-emprisonne-moi-si-tu-peux…