22 septembre 2011

DÉVORÉ PAR SES FAILLES - Wanted : Le Dernier Acte

Deux semaines de cela, nous nous étions donnés rendez-vous par milliers dans les rues de la capitale pour faire entendre notre voix. Nous nous préparions à faire valoir notre droit au ras-le-bol collectif, faire entendre notre désir de changement profond. Et pour ce faire, nous nous étions réunis derrière l’appel du groupe « WANTED : 15,000 Youngsters to Save OUR Future ! » Un groupe qui se laisse aujourd’hui dévorer par ses failles…

Autour d’une cause…

WANTED a fédéré des milliers autour d’une cause. Le 16 septembre, dans la page Forum du Mauricien, Patris se demandait très justement « Eski ti 3000 swiver sa ou bien okontrer ti 3000 mener sa ? » Je pense que nous étions, en effet, au moins 3000 à nous être senti investis d’une mission, 3000 à nous être déplacés pour mener ce désir de changement, 3000 « leaders » d’un nouvel avenir. Et il est bien là l’exploit de WANTED. Ce mouvement a remarquablement réussi à réveiller, réunir et mobiliser des citoyens désintéressés qui ont à cœur l’intérêt de leur pays. Le 10 septembre 2011 mérite donc une place évidente dans l’histoire de notre île.

Où est la cause ?

Post eventus, tout d’abord, nous étions beaucoup à souhaiter une vraie réflexion, une sorte de remise en question, en démocratie participative, pour correctement définir la direction de ce mouvement encore bouillant. Quelques-uns aux rênes du mouvement hélas, avaient, semble-t-il, déjà décidé de la direction de leur propre chef. Ils ont, en se faisant, négligé le fait que nous ne sommes pas des moutons et que nous nous étions réunis à Port-Louis autour d’une cause commune que nous voulions faire avancer ; non pas autour d’un groupe, d’une personne ou d’un persona. Il nous est donc difficile, si ce n’est impossible, de suivre aveuglément.

La remise en question souhaitée n’a donc pas eu lieu et a laissé place à une amplification des vices de gestion du groupe. Quand on filtre les profils de ceux qui demandent à rejoindre le groupe, on s’ouvre à des pratiques de discrimination. Quand on lynche et tacle ceux qui critiquent au lieu de les accueillir pour mieux se construire, on bafoue la démocratie et on s’oriente même vers une attitude totalitaire. 

Quand la seule solution qu’on trouve pour éviter les débordements est de ne laisser que les administrateurs publier sur le Mur du groupe, on pratique une politique de forte répression. Quand on nous répète qu’il est strictement interdit de s’en prendre personnellement à quelqu’un mais que l’initiateur de WANTED se permet, lui, de le faire ouvertement face à Bruno Raya – qui a soutenu le mouvement – on pratique une politique de deux poids deux mesures. Et quand on traite ceux qui apportent une critique constructive et qui suscitent une certaine adhésion de « roder bout », on fait de la démagogie.

Les pratiques, les valeurs et les egos du groupe aliènent ceux qu’il avait fédérés en quelques semaines. Et la cause se retrouve engloutie ! Quel citoyen avec un désir de changement peut se retrouver dans le tas de débris qu’est devenu WANTED ? Pas moi en tout cas.

Faire avancer la cause !

Et je ne suis pas le seul. Tels les glaciers qui se détachent de la banquise du pôle nord à cause du réchauffement climatique, c’est toute une aile – et sans doute la plus solide – de citoyens engagés qui se désolidarise du mouvement WANTED. Un à un, ce sont des individus qui atteignent un point de saturation qui quittent le groupe. Pas parce que nous avons baissé les bras mais parce que nous menons un combat auquel nous sommes fidèles. C’est, du moins, un sentiment partagé que je détecte parmi ceux qui s’en vont.

Car avant WANTED, nous luttions déjà pour ce en quoi nous croyons et nous continuerons à le faire. Le groupe a permis une apogée de l’action citoyenne de la jeunesse mauricienne, diront certains, d’autres parleront de « turning point » ; d’autres encore, préféreront parler d’une simple soupape populaire. En tout cas, il est arrivé à un moment opportun et a su enclencher un réveil plus large du peuple.

Aujourd’hui, il s’agit de reconnaître l’exploit de WANTED et d’aller de l’avant en recentrant notre énergie autour du désir de changement éprouvé par des milliers de mauriciens. Car même si le mouvement est quelque peu perdu à ce jour, la cause, elle, ne l’est pas. Nilen Vencadasmy l’écrivait avec beaucoup de pertinence le 15 septembre dernier sur cette même page : « Alors attelons-nous à la tâche ! Notre île a besoin de nous… de nous tous ! » Je pense que le message doit rester le même. Nous avons vu que le mauricien a envie de bouger pour faire changer les choses et faire avancer cette cause. Continuons alors à militer pour une île meilleure, nettoyons-la des vermines !

-  Publié sur la page Forum du quotidien Le Mauricien - 22 Septembre 2011 - http://www.lemauricien.com/article/dévoré-ses-failles…—-wanted-15%C2%A0000-plus-ou-moins-dernier-acte