21 mars 2011

Nou bann, nou manze!

Ma pizza au jambon de porc a croisé les «degs» du marchand de briani il y a quelques jours.  Et cette situation m'a apporté quelques petites secondes de réflexion et d'imagination.

Je m'étais donc acheté une pizza et, en rentrant, je devais passer devant le marchand de briani - à qui j'achète aussi à manger occasionnellement.  Et comme le trottoir est assez étroit, je me suis trouvé à faire ma pizza passé juste au-dessus des récipients de briani. Une scène des plus banales...

Sauf qu'en l'occurrence, des personnes de foi islamique, consommeront ce briani.  Les vapeurs odorantes de ma pizza et du briani s'étant croisées, certains crieront à la contamination de ce briani par du porc, alors qu'il est interdit d'en consommer selon le Coran.  Pas une seule seconde, n'ai-je envisagé de traverser la rue rien que pour empêcher cette rencontre interdite des vapeurs.  Pour tout dire, après avoir traversé le marchand de briani, j'avais le sourire.  Je me sentais mauricien.

Oui, une situation si anodine et normale a provoqué ce sentiment chez moi.  Je vous l'accorde, c'est le climat de «nou bann, nou manze» reignant actuellement qui en est responsable.

J'aime la pizza et j'aime le briani.  Pour rien au monde, je ne souhaiterais voir disparaître l'un des restaurants du quartier où j'habite. La cohabitation est possible.  Et n'oublions pas que ce n'est qu'une histoire de «vapeurs» et d'«odeurs».  Ce n'est pas comme si je m'étais introduit dans la cuisine du marchand de briani pour y laisser du porc.  A mes yeux, tout cela est donc aussi simple que naturel.

Mais pour ceux à qui cela déplait, il y a une alternative.  Nous pourrions nous inspirer des belles paroles du Père Grégoire: «L’arc-en-ciel a sept couleurs différentes. Chaque couleur a sa spécificité. C’est en juxtaposant ces couleurs qu’on a un joli arc-en-ciel.» Divisons-nous pour faire rayonner notre pluralisme culturel, ethnique et/ou religieux.  Le découpage risque d'être affreusement complexe vu que ces trois variables sont de moins en moins liées à Maurice, comme partout ailleurs dans le monde.  Mais qu'à cela ne tienne, nous avons des leaders socio-culturels et des politiciens très compétents et motivés à ce qu'il paraît.

Déclarons alors des «veg zones», - comme suggéré pour Phoenix - des «halaal zones», des «non-veg, non beef zones», «non veg, non pork zones», et la liste risque d'être longue rien que pour la nourriture.  Certains auront alors des idées.  Pourquoi ne pas profiter de ce découpage pour satisfaire les détracteurs de l'«azaan»? Établissons alors des zones religieuses bien distinctes avec des lieux de cultes respectifs. Et puis, chaque zone aura ses propres codes vestimentaires, codes de conduite et pourquoi pas ses propres lois?

Vous faites comme vous voulez.  Ce n'est pas moi qui empêcherai les dirigeants de diviser.  Pour moi, qui n'appartiens à aucune religion, dont l'ethnicité est mixte et qui me sens parfaitement mauricien, avec beaucoup d'autres dont la culture n'est liée à aucune des deux premières variables, il faudra une zone marginale dans le découpage.  Et avec un peu de chance, ce serait la zone qui finirait par se remplir davantage.

xoxo

P.S. Il y a quelques jours, j'étais lancé sur l'idée d'un article blog: «interculturalité, multiculturalité et laïcité: le casse-tête mauricien».  Mais l'expérience m'a appris que faute de compréhension, je me ferais traité de raciste, intolérant, conservateur ou ignorant.  Pas que cela ne me gêne personnellement, mais je dois avouer que je trouve les lignes ci-dessus plus efficaces que l'idée de départ.