13 février 2010

L'intello qui n'aimait pas l'école...

Cette histoire est mon histoire, celle de ma relation assez particulière avec l’institution sociale appelée école.  Ce n’est pas facile de livrer des années de hauts, de bas et de combats dans un article.  J’espère quand même arriver à être plus ou moins cohérent pour au final apporter du raffinement au tableau de ma personalité, mes valeurs, mon vécu, mes convictions que j’esquisse petit à petit sur ce blog.


Le cerveau

Commençons par ce qui est technique.  Je suis ce qu’on appelle un être “précoce”.  La “précocité” est démontrée par le Quotient Intellectuel qui lui même explique non l’intelligence mais le fonctionnement du cerveau.  Au fait, le test de QI permet non seulment d’établir un résultat quantitatif(le chiffre) mais aussi un résultat qualitatif quant aux types d’intelligences et de méthodes de memorisation plus présentes et actives chez une personne. 

La "précocité" est terme que je déteste, mais cela passe encore puisque la traduction à l’anglais est pire – on parle de "giftedness".  Ce terme décrit un fonctionnement du cerveau un peu opposé à la dyslexie.  C’est-à-dire que ce sont plus ou moins les mêmes aspects qui sont affectés mais dans des sens contraires.  Par exemple, la mémoire photographique a tendance à être plus développée que la moyenne chez les précoces et moins chez les dyslexiques. 

Considérer des précoces comme des sur-doués reviendrait donc à dire que les dyslexiques sont des sous-doués, les deux sont d’un ridicule!  Il faut aussi savoir que 40% des précoces, surdoués, génies et autres sont en échec scolaire.

Le bon élève prometteur

Je suis donc précoce, et j’assimile des choses plus vite que la moyenne et ai besoin de méthodes accélérées, de ce que d’autres considèreraient comme étant du stress, de la pression additionelle.  Mais cela je l’ignore jusqu’à mes douze ans, douze ans et demi pour être exact. 

La seule chose que je sais à lors c’est que je suis un très bon étudiant et qu’apprendre me passione.  A l’école primaire, je suis un des très bons éléments "avec un grand avenir qui l'attend".  Je parle là de l’académique mais pas que!  J’étais alors intelligent sans être étiquetté intello pour autant, avec une très faible estime de soi entre autres.

Au fait, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont inculqué l’amour et l’envie d’apprendre.  Les devoirs ne révélaient jamais de la corvée tout comme on ne m’a jamais mis une carotte devant le pif pour travailler.  Je n’avais pas de cadeaux ou de récompenses pour avoir bien travaillé.  C’est une immense chance, en effet!

La phobie

A treize ans, j’entre dans une phase intense de “crise d’adolescence”.  Avec elle, une phobie scolaire causée par de nombreux facteurs dont la sortie du dénie de précocité dans lequel j’étais.  Un terme un peu technique pour expliquer que je n’étais pas psychologiquement conscient de cet état et donc évoluais dans le système sans réel problème.  Un dénie qui ne pouvait que progresser car j’étais très bien encadré à la maison, en ce qui concerne mes études.

La phobie scolaire a été un drame très devastateur moralement.  Une de ces choses qui nous arrivent et qu’on ne peut comprendre - ni comment ni pourquoi.  Ma phobie scolaire se manifestait de manière aussi simple à expliquer que difficile à vivre.  Être dans un environnement scolaire, provoquait chez moi des “panick attacks”.  Ces trucs là, c’est d’avoir l’impression de mourir en gros.  On sue, on a l’impression que son coeur bat plus fort, on frissone, on tremble et à l’intérieur on sent que tout va plus lentement, qu’on se meurt.  Atroce, donc!

N’oublions pas que même si je l’ignore au moment où cela m’arrive, une des raisons provoquant cette phobie, c’est le système tel qu’il est.  On y reviendra un peut plus tard.  Pour l’instant, je suis pris de court, je perd le domaine dans lequel j’excelle.  Le perfectioniste extrême, auto-destructeur que j’étais perd tous ses repères.

Mon expérience dans le secondaire ne rend pas les choses plus simples.  C’est un choc culturel, je suis jalousé sans comprendre pourquoi, je me retrouve aussi avec des ´tiquettes et tous les aléas de l’adolescence quoi!  C’est alors que je deviens “l’intello” quoiqu’ayant une personalité beaucoup plus colorée que celle qu’on accorde au stereotype.

Le côté positif de cette phobie dans un contexte mauricien, c’est que je suis obligé de finir par la surmonter.  Cela me prendra deux ans.  J’ai passé ma deuxième année de secondaire en ayant fait des contrôles continus durant mes quelques semianes de présence.  On a considéré bouger pour un établissement  privé, payant, avec d’autres méthodes mais on se retournera vers mon école initiale.

L’intello reprend

Je reprend l’école progressivement à la fin de ma troisième année et suis capable de composer les examens de fin d’année.  Cela, je le dois en grande partie à un enseignant d’exception qui a travaillé tout le programme de la Form 3 avec moi pendant 4 mois.  Cet enseignant là m’a aussi fait découvrir la méthode qui marche avec moi – le condensé, l’intense, le one-to-one, tête à tête.

Je suis donc reçu en Form 4, quatrième année de secondaire.  Je précise immédiatement que je simplifie les choses pour ne pas rédiger un article de longueur trop soporifique.  J’ai beaucoup grandi, dans ma tête surtout et je suis plus ou moins un adulte, j’ai quinze ans et termine ma période de “crise d’adolescence”.

Je sais que je ne retrouverai pas la place que j’avais avant à l’école(leçon apprise de mes précédntes tentatives de ré-intégration râtées), je suis maintenant l’extra-terrestre par excellence.  On ne m’aimait déjà pas beaucoup, maintenant on n’a qu’une envie, c’est que je leur donne l’occasion de me haïr.  Et c’est ce que j’ai fait et j’ai repris mon titre d’intello en jouant à fond le favorisé de l'école.  On parlera de ma gestion de ma personalité, mon jeu avec mon image et ma manipulation de ceux qui m’entourent lors d’un autre article si vous le voulez bien. (lol)

Pour l’instant j’ai ré-intégré le système… Enfin, théoriquement!  Je veux faire mes examens de la Form5 en une seule année, j’exige d’avoir des enseignants de leçons particulières qui ne travaillent qu’en tête à tête et ne veux pas entendre parler de groupe aussi minuscule puisse-t-il être.  Mais voilà, mes proches arrivent à me convaincre du danger que représente le fait de reprendre l’école en faisant le programme en acceléré, je me résigne à le faire en deux ans. 

Je ne le regretterai pas puisque je m’épanoui dans les activités extra-curiculaires.  Je ne prend alors pas de leçons.  Au fait, uniquement pour les littératures puisque ces matières n’étaient pas offertes à l’école où j’étais.  Je rencontre aussi une personne, qui sera un peu comme un miracle pour moi, qui m’aidera à aimer être à l’école pour un contact humain.  Car, je n’y allait intialement pas pour me faire des amis, pas du tout!

Cette année-là commence réellement ma realisation intellectuelle du piteux état dans lequel se trouve le système éducatif.  Je réalise à quel point il détruit les talents pour une standardisation.  De plus, je fais connaissance avec le City Montessori School en Inde, ce qui m’amène à me pencher sur la méthode Montessori.  J’y trouve un espoir, un paradis et fais d’énormes recherches sur cette méthode et les différentes particularités mentales!

La victime

En Form 5, je ne prend que des leçons de Maths et Add Maths pendant deux mois, de comptabilité pendant environ quatre mois.  Au fait, la Form 5 me tétanise, me traumatise.  Monsieur le perfectioniste auto-destructeur qui avait appris à revoir ses priorités et à gérer tout ce bazar qu’est l’école perd toute sa maturité et son recul acquis quant aux études et aux évaluations. 

Je replonge dans ce que je suis supposé être, le gars qui ramène six unités, qui rend les gens fiers et qui en est lui même fier... Oui, vous connaissez ce gars, on en parlait plus tôt, le bon élève prometteur, celui qu’on voit comme lauréat potentiel.  Celui qui trouve en effet qu’être lauréat serait une bien belle consécration.  Oui, le con dont on s’était débarassait revient!  Je ne veux que des six unités et rien d’autre même si au fond, je sais parfaitement que je ne les aurai pas, puisque maintenant je me suis accordé à mon psychisme. 

Je ne compose pas mes examens blanc par exprès, je ne veux pas m’avouer la réalité et préfère continuer à espérer.  Mais voilà, la Form 4 tournait autour des activités, la Form 5 ne m’en offre pas et je me sens très vite mal à l’aise aux leçons.  Je cours, je me précipite vers un échec aux examens.  Je suis toujours tétanisé, mais heureusement bien accompagné.  J’arrive à me resaisir juste à temps.  Je compose mes examens en ayant l’impression d’être le seul conscient de l’immense enjeu que cela représenterait, conscient que je travaillerai mal mais que j’ai toutes mes chances d'être reçu.

Le calvaire des examens se termine.  Je fais la rencontre de Robin Sharma à travers “The Monk Who Sold His Ferrari”.  Ce livre, avec l’aide d’une grande amie dont je parle plus haut, mon miracle, m’aident à me recadrer.  Cela met pas mal de choses en place dans ma tête et donne un sens à beaucoup certains ressentits, des choses que j'ai apprises et en lequelles je crois.  Il m'aide a trouvé des réponses à mes besoins.

J’entre dans une rétrospective de mon année et je me rend compte de son ridicule.  C’est à partir de cet instant que commence petit à petit, la realisation émotionelle.  Celle que le système éducatif détruit au lieu de construire.  Celle-là même dont j'avais pris conscience en Form 4. 

La différence de la realisation émotionelle, c’est que c’est elle qui fait qu’on peut ou qu’on ne peut pas, qu’on y arrive ou pas.  Un exemple simple serait les nombreux fumeurs conscients que fumer est mauvais pour leur santé mais qui ne peuvent décrocher.  Pas mal arrivent à décrocher par magie après un sérieux mal-aise cardiac, elle est là la difference entre realisation intellectuelle et émotionelle!

Le décideur, Le leader!

Je vais prendre mes résultats ayant l’impression d’être le plus serein de tous ceux autour de moi.  Le seul à savoir que ces examens ne peuvent définir qui je suis.  En effet, mon état d’esprit est à l’inverse de ce qu'il était lors de mes examens.  Je connais déjà ma performance et mes capacités.  J’ai était reçu à mon examen de SC avec des résultats très moyens, dix-huit unités.

Néanmoins, je réaliserai plus tard que mon appréciation de ma performance et de mes efforts ne correspondent pas à mes résultats après avoir réalisé lors de mon examen de littérature en anglais que c’était assez cocasse de juger ma connaissance de textes que j’ai adoré et étudié sous tous les angles pendant deux ans en deux questions seulment et rien que pendant quelques heures.  J’ai encore plus adoré travailler la littérature française, je maîtrisais mes textes, ai aimé les questions des examens et me sentais confiant quant aux réponses.  Mais voilà, j’ai 4 unités dans cette matière, alors que j’ai 3 unités en littérature en anglais, là où je n’ai préparé que deux textes sur les trios imposés.

Oui, le systeme est bien bizarre et barbare dans son jugement.  S’ajoute à cette réalisation le fait que j’entame le travail de HSC pour le compléter en une année.  Oui, j’ai l’intention de me rattraper sur le côté académique, mais de la manière correcte cette fois, en écoutant mon psychisme, mon cerveau.  

Et là, c’est le rêve, le paradis!  Je retrouve la passion que je connaissais bien des années de cela avant ma phobie.  J’apprend énormément de choses fondamentales à mes yeux.  Je suis plus que passioné mais un gêne s’installe petit à peit quant à une partie du travail.  Je ressent à vrai dire qu’une grande partie du travail est uniquement orientée vers les examens; et je réalise que les examens ne font pas le poids à côté de ce que ce que j’apprend apporte à ma vie.  Je ne comprend pas comment autant d’énergie peut être nécessaire pour des examens, sacrifiant le développement personnel et l’apprentissage!  La réalisation émotionelle qui avait commencé, s’emplifie et s’intensifie et j’arrête tout! Plus d’école, plus de leçons, plus de travail personnel… Je suffoque dans cet environnement qui n’a rien à cirer des gens et de la connaissance!

J’ai au fait pris à peu près trois mois de leçons de français, quatre de littérature en anglais et General Paper et à peine cinq semaines de leçons de sociologie.  Rien que cela pour un programme de deux ans.

Malgré cela, je décide de composer les examens, sans me pré-occuper du fait de passer ou pas, d’être à l’aise avec les sujets d’examens ou pas.  Je ne veux que les prende à contre pied et tout déchirer, prendre ma revenche sur le système.  Et cela se trouve être très lourd à faire, seul envers et contre tous, en guerre contre le système à mon niveau.  

Je décide aussi de filmer cela dans un journal de bord vidéo que vous pouvez regarder ici.

Et là, en apprenant le jour même quelle matière je compose, répondant avec ma culture, ma logique et le peu que j’ai acquis, j’extériorise cette frustration que je ressent et qui m’oppresse.  Je préfère un jour, par exemple, de travailler un texte que je n’ai jamais lu plutôt que celui que j’avais lu puisqu’il me plaisait plus.  Je ne connaissais pas mes sujets pour le General Paper et la rédaction française tout comme je n’avais pas du tout travailler mes textes de français, si ce n’est que l’époque de la guerre franco-prussienne.

Et avec cette attitude de rockeur du système, je respire enfin un peu.  J’ai des couilles et les porte fièrement.  Aussi, avec cette excellence à la non-préparation, à ma surprise je suis reçu aux examens avec un B en General Paper, un A en français, un D en literature anglaise et un niveau subsidiaire E en sociologie.

Alors oui, vous l’aurez compris, je ne suis pas de ceux qui portent des T-shirts avec écrit “Fuck the system”, je suis de ceux qui fuck the system.  Mes résultats confirment ce que je pense de ce charabia qu’est le système d’éducation. Rien n'aurait servi d'orienter ma passion vers les examens pour avoir un A plus élevé, un A à la place d'un B sans réelle garantie si on se réfère à mon expérience passé(SC).

Ce système a créé des normes pour une certaine standardisation de l’éducation.  Ces normes ne conviennent au fait pas à la quasi-totalité de la population mondiale puisque centrées uniquement sur l’intelligence linguistique et l’intelligence logique-mathématique.

Aussi, même si énormément de gens ont realisé depuis des décénies déjà que le système éducatif est basé sur une erreur fondamentale, on continue à courir les yeux fermés vers le précipice!  Cette erreur, c’est la supposition selon laquelle tous les êtres humains subissent et connaissent exactement les mêmes phases psychologiques au meme moment, qu’on peut regrouper plus ou moins en années.  D’où la structure des programmes pédagogiques.

Les victimes de ce système sont à peu près tout le monde même si les plus grandes victimes peuvent en quelque sorte être mis en deux catégories.  Il y a ceux qui “travaillent merveilleusement bien” et qui en sont fiers.  Ceux pour qui c’est une fierté d’être premier de la classe, d’avoir un A+, d’avoir 6 unités, d’être lauréat au HSC. 

Et puis, il y a ceux pour qui un echec symbolise la fin du monde, ceux pour qui 20 unités et pire au examens du SC sont la plus grande honte, ceux pour qui échouer veut dire qu’ils ne sont bons à rien.  Les deux sont tout autant aveugles et bernés par le système qui les exploite merveilleusement!

Je suis entouré de personnes de ces deux categories.  Le système m’horripile.  Mais comme je l’ai dit dans un article précédent, pour moi, le système c’est ceux qui ne veulent pas changer.  Je fais tout pour ne pas être parmis ceux-là, j’espère que vous tacherez d’en faire de même car c’est aussi simple que cela de changer le monde!

Nous sommes tous différents, nos cerveaux ne fonctionnent pas de manière identique.  Aucun ou presqu’aucun être humain n’a un cerveau idéal pour le système éducatif tel qu’il est aujourd’hui. 

Alors pourquoi ne pas adapter le système de sorte à ce qu’il nous intègre tous avec nos différences? Pourquoi apprendre ne pourrait pas vouloir dire s’instruire et non examens?  C’est ce système qui fait qu’on a besoin d’une élite ou de récompenses pour motiver les gens! Pourquoi ne pas avoir le plaisir, la passion comme motivation principale?

Oh et suis-je un grand fou idéaliste? Bah probablement!  La vie m’a appris qu’il vallait mieux être un fou qui sait ce qu’il veut et qui a la foi, qu’un joli con dans sa zone de confort. 

Si je suis ce que je suis et crois en ce que je crois aujourd’hui, cela ne vient que de ce que j'ai vécu. Ce ne sont pas des convictions de pseudo-intellectuels, souvent grands adeptes de “fait ce que je dis mais pas ce que je fais puisque je ne sais pas moi meme ce que je suis”!

Et s’il n’existait pas de fous comme moi en même temps, on aurait pu se suicider à la naissance, cela vaudrait mieux!

xoxo