14 décembre 2009

Une visite à l'Église Chrétienne

Muni de ma caméra, je suis allé à l'Église Chrétienne dimanche.  'L'église', la secte qui fait jasé pour une énième (probablement pas dernière) fois depuis sa création.  J'arrive donc devant la cour de l'église, ma caméra en main et il n'a pas fallu plus de cinq minutes avant que je ne sois approché.  Le premier contact n'a pas été très aimable.  Les derniers mots à la sortie l'étaient beaucoup plus, on était à la limite de l'accolade "fraternelle"...

À mon arrivée dans les environs, je me filme et filme la cour de l'église.  Je reste à l'extérieur pour voir les voitures défiler, essayer d'établir un profile d'entrer. A côté de moi, une table se dresse avec des boissons rafraîchissantes. ux personnes s'approchent, une jeune demoiselle (je suppose) et une dame.  On me demande ce que je cherche et ce qu'on peut faire  pour moi.  Le ton est froid.  On me prend pour un journaliste.  J'explique que je suis venu pour me faire mon opinion, au-delà de ce qui est écrit et je justifie ma présence à l'extérieur par le fait que j'attende quelqu'un.  On me dit aussi qu'eux, enfants de Dieu, ressentent les ténèbres...  Oui, il semble que pour cette dame, Marie-José, les journalistes font partie des ténèbres. De


J'espère, à partir de cet instant, rencontrer Guillaume Gouges - journaliste ayant aussi infiltré l'Église (lire ici).  Cela expliquerait mon attente à l'extérieur.   Pendant ce temps, on me toise, on parle de moi, on parle de moi au téléphone.


 Dans mon attente, un jeune homme - la trentaine - me rejoint.  Il semble être celui missioné pour me séduire, correspondant le plus à mon profile.  Lui, est très chaleureux, m'invite à lui poser toutes les questions que je veux et c'est ce que je fais, il me raconte son histoire avec l'Église.  Je l'écoute, lui parle tout en 'tweetant' de temps à autre.

Il est français, son père est pasteur dans une église évangélique, il a quitté l'église à son adolescence et mène une vie de bandit, drogué, alcolo.  Il avait seize/dix-sept ans lorsque ses parents lui paient un séjour au Zimbabwe pour une sorte de "retraite" entre jeunes.  Il n'atteint que certaines des réunions et précise que d'ailleurs il n'a jamais été forcé de le faire.  C'est là-bas qu'il a rencontré Jésus (comprendre l'Eglise Chrétienne).  Pour le reste c'est la même histoire pour tous les adeptes: même expérience que St Paus, il décide alors de dédié sa vie à Jésus.  A Maurice depuis 1998, il est marrié, web designer.  Il a passé ses trois premières années à l'île Maurice chez le couples Hardy.


La raison pour laquelle j'utilise le mot "missioné" plus haut est qu'il ne cesse d'essayer de faire un rapprochement entre ses preceptes sur l'église chrétienne et ses adeptes et les préjugés que j'aurais aussi probablement.  Il a connu l'Église ayant environ le même âge que moi.  De plus, il est dans le domaine du web, me parle de youtube et de mes vidéos.  C'est avec lui que je pénétre l'antre des seuls enfants de Dieu.  Je m'assieds.


L'intérieur, dans le décor, l'atmosphère, le déroulement de la messe est exactement ce à quoi je m'attendais à un détail près: le nombre d'adeptes présents.  Je m'attendais au fait à pénétrer une salle bondée.  A ne pas s'y méprendre, il y avait beaucoup de monde mais pas énormément.  Une mixité culturelle visible, beaucoup de jeunes couples avec enfants.  Encore une fois, certains me toisent, je sais être le gars avec la caméra.





Comme c'est le cas pour la majorité des sectes chrétiennes, les chants sont vivants, la prêche est longue, thématique, avec des références et ré-interpretations bibliques à gauche et à droite pour soutenir le discours.  Il ne faut pas être un génie pour savoir que la prêche cette semaine-là aurait un rapport avec les évènements récents. Le Pasteur, qui à ce qu'il dit, est un ancien homme violent et drogué, joue parle longuement sur la scène.  Il a l'enthousiasme des animateurs évangélistes queje reconnais aussi au Père Grégoire, en passant.  Le seul hic est que le français est hautement 'pôtisse'!  Oui, à assister aux messes de l'Église Chrétienne de manière hebdomadaire, on risque au-delà de la 'lobotomisation', d'apprendre à conjuger les verbes et accorder les noms bizarrement!  Cela importe peu en ce qui s'agit de délivrer le message de Dieu, je vous l'accorde, mais il n'en reste pas moins pénible pour les oreilles.


Le lavage de cerveau


Ah! On y vient!  Le pasteur ricane de ces accusations qui lui semble du genre farfelue.  Le terme "lavage de cerveau" fait tout le monde rire.  Ils croient fermement, comme le Pasteur le dit, qu'aucun homme ne peut les changer à un point si conséquent que selon leurs expériences, c'est l'oeuvre n'est nul autre que Dieu.  Pour reprendre Clooney, je dirai "What else?" Sauf que voilà, peut-être dois-je préciser qu'un lavage de cerveau ne se fait pas à jets d'eau d'une lance au travers de la boîte craniène.  Ce à quoi j'ai assisté dimanche fait partie du processus de lavage de cerveau pour celle/celui qui laisse tous ses aprioris de côté.  Un pasteur qui rabâche de 10.00 à 12.00 qu'ils doivent se réjouir de leurs souffrances pour l'Évangile. Cela, durant une célébration biblique qui commence à 09.30 et prend fin dans les environs de 12.30.


Fort heureusement, le pasteur parle de passages que je connais, par exemple il s'attarde sur l'histoire de Joseph (de l'ancien testamment).  Cela me permet au fait, de clairement soutenir le terme que j'utilise plus haut et qui est "ré-interprétation de la bible".  Aussi, de la prêche, je retiens une phrase cocasse: "il faut arrêter de raisonner" du Pasteur, qui m'a fait pouffé de rire.


Contrairement à la quête, pratiquée à l'Église Catholique - qui consiste à passer un panier/une boîte pour que les fidèles fassent leurs offrandes - à l'église Chrétienne, les fidèles déposentleurs offrandes dans les paniers au pied de la scène.  Au moment de l'offrande, justement, mon accompagnateur attitré, j'oserai dire mon 'parrain' vient pour "m'expliquer".  Il me dit que c'est dans "ces petits paniers qu'on donne l'argent, ce qu'on veut, ceux qui veulent.  C'est là que se fait le financement de l'église" avec un petit rire comme pour dire "et oui, aussi banal que cela".  Au-delà du fait que je sois conscient des donations additionelles,  cela me fait penser à la preche de Miki Hardy au sujet de l'église et l'argent (que vous pouvez voir ici).  Prêche dans laquelle il explique qu'on ne doit être forcer à donner pour l'église, mais qu'on doit contribuer librement à l'oeuvre de Dieu avec son coeur.  


Cet argument là, hélas, ne tient pas la route.  C'est ce qu'on appelle la psychologie inversée.  Le principe est assez simple, penons un exemple: je vous explique que j'ai faim mais que je ferai sans qu'on ne me donne à manger, vous insiterez probablement à m'offir le repas.  En tout cas, vous vous montrerez plus altruiste que si je vous harcèle pour un bout de pain tous les jours. 


Aussi, tout au long de la prêche, j'aurais quelques tapes à l'épaule et des mains tendues pour me souhaiter la bienvenue.  Oui, je suis un nouveau frère, il faut prendre soin de moi.  Un de ces poignets serrés et noms énoncés aux présentations, revient vers moi juste avant la fin de la messe.  Il me parle, me raconte son histoire.

Mauricien, habite à Grand-Baie et a grandit au sein de l'église chrétienne, il est prêtre.  Un jeune prêtre, marrié à une ressortissante étrangère visiblement avec qui il a fille.  Pour lui, la famille de l'église chrétienne, c'est toute sa vie, il se sent plus proche d'elle que sa famille de sang (cela confirme un peu tout).  "Sa la vie qui ena ici a l'église là extra".  "Ici, à l'église il n'y a pas de races, pas de couleurs tout ça là quitte à la porte", "ce siège là, si tu le veux, il peut être le tien".  Il me parle en suite du Camp Jeunes qu'il y aura bientôt, ce mois-ci.  Et me demande si j'ai un numéro de portable ou quelque chose.  Je dit préféré ne pas le donner pour l'instant.  Avant même que j'eut terminé ma phrase, il acquiesce.  Le ton est extremement chaleureux, enthousiaste et amical.

J'ai eu quelques petits échanges avec d'autres personnes.  Le discours est le même, le ton chaleureux aussi.  Mettons-nous maintenant à la place du jeune, 'perdu' en terme de statut social, qui se cherche une place dans la société.  Je prend un exemple type: "enn ti kreol" jeune, ayant terminé sa scolarisation de base et maintenant face à ce petit monde cruel qui l'entoure.  Entrer dans cette Église, c'est un moyen d'être des "gens biens", - comme décrit par Yvan Lagesse dans 'Vivre à l'île Maurice en 25 leçons' - de ceux qu'on respecte.  C'est un sentiment de valorisation, une ascension sociale extrême, franchir les frontières sociales devant lesquelles il se heurte systématiquement dans ce "monde qui l'entoure".  Cela ne me surprendrai pas de savoir que son dévouement à l'église lui permettrait de trouver un bon travail, une épouse - et vite!.

Ainsi, notre jeune homme appartient à une nouvelle famille, dévouée à Christ.  Du moins, ceux qui le répresentent sur terre, le couple Hardy notamment qui habite (ou habitait, je n'en suis pas sur!) l'immense chassé, ex-propriété d'un Monsieur Gambier, je suppose que les plus vieux sauront de qui il s'agit.

Durant toute cette journée, j'ai décliné mon vrai prénom à mes interlocuteurs.  Ils m'ont tous sorti le "avec tout ce qui se passe en ce moment".  A tous, j'ai expliqué que j'étais présent par curiosité, pour me faire mon propre jugement (les invitant de ce fait à sortir leurs atouts pour me séduire). Aux deux premiers, j'ai du précisé ne pas être un journaliste.  Aucun n'a souhaité être filmé.  Il m'était interdit de filmer à l'intérieur et cela se comprend.  Pas assez d'images pour un Vblog donc, même si ma première interlocutrice m'avait dit que je pouvais entrer et filmer, car ils n'ont rien à cacher.  Plus surprenant, on m'a aussi demandé d'éteindre mon portable que j'ustilisais pour 'tweeter' car, parait-il, cela causerait des interférences avec leurs équipements.

Je ne pense pas que cette Église me convienne pour une bone et simple raison: elle m'a l'air d'être l'Église des ex-drogués ou sorciers.  Le seul à ne pas avoir parler d'un passé tumultueux est celui qui a baigné dans l'Église Chrétienne depuis son enfance.  Je ne me retrouve donc en aucun d'eux... Mais, non! Peut-être que l'église me conviendra, je n'aurai qu'à m'inventé un faux passé dès que je serai adepte!

Voilà grosso modo mes observations lors de cette infiltration à l'église chrétienne.  Oui, elle reste une infiltration, même si pas dans la peau de l'adepte type, certes, elle était dans celle de la chaire fraîche, dirai-je en tant que persécuteur!  Car, oui, on m'a expliqué qu'à persécuté l'Église Chrétienne, je finirai par défendre la parole de l'évangile mieux que quiconque!

Et je terminerai par un: Amen mes frères et soeurs?
(A vous de répondre Amen!)

xoxo